Lundi 27 avril, 17h30-19h, amphi Saint Anselme, bât Volney, Université Catholique de l’Ouest, Angers
Le 10 mai prochain auront lieu des élections importantes en Nouvelle-Calédonie. Les représentants des provinces au Congrès de Nouvelle-Calédonie nouvellement élus auront la tâche d’organiser le référendum d’autodétermination. Prévu dans le cadre de l’accord de Nouméa, le vote peut avoir lieu jusqu’en 2018, à moins qu’entre temps un nouvel accord soit signé pour éviter un « vote couperet » et le risque de voir ressurgir les tensions interethniques et les affrontements des années 1980.
En Nouvelle-Calédonie, l’appartenance à un groupe culturel fait partie intégrante de la réalité sociale. Elle ne peut être minimisée car elle touche à la raison d’être des individus et des groupes. Pierre de touche d’une future unité nationale, le sentiment d’une appartenance commune au pays ne peut évacuer la reconnaissance des singularités culturelles, sur fond d’une histoire coloniale et post-coloniale douloureuse qui a vu chaque groupe tour à tour nié dans sa valeur et sa légitimité. De plus, les affirmations culturelles et les tensions entre les groupes sont sans cesse réactivées par les disparités socio-économiques persistantes, le conflit politique entre indépendance et loyauté, l’immigration et l’emprise métropolitaines.
La conférence reprendra les résultats d’une recherche publiée en 2008 aux éditions L’Harmattan . A partir de la partition de la société calédonienne en multiples groupes, nous avons exploré le lien entre l’affiliation à un groupe culturel singulier et le sentiment d’appartenance au pays. La question centrale était la suivante : dans la cohabitation et le regard que les groupes culturels portent sur eux-mêmes et sur les autres, quels sont les signes qui manifestent, ou au contraire contredisent, l’émergence d’une identité culturelle commune ?
La recherche s’inscrit dans le contexte de cet accord de Nouméa de 1998 qui, à partir d’une reconnaissance de l’identité kanak et de la légitimité des autres communautés, pose une nouvelle organisation institutionnelle et redéfinit le processus d’autodétermination. Quels sont leurs effets dans les représentations du « vivre ensemble » ? Qu’en est-il aujourd’hui, dans l’appréciation des habitants, de cette identité et de cette citoyenneté néo-calédonienne appelées à dépasser le clivage entre indépendance kanak et loyauté envers l’État français, « permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun » ?
L’originalité de la Nouvelle-Calédonie est d’inscrire la création du pays dans un processus à long terme de rapprochement des groupes culturels, en acceptant une part de tâtonnements et de passages conflictuels. Le sentiment commun d’appartenance n’est plus conçu à partir de l’effacement des spécificités culturelles, nivelées par la loi de l’égalité républicaine et celle d’un marché mondialisé synonymes d’acculturation à sens unique. N’y aurait-il pas à apprendre de ces expériences où la reconnaissance des identités répond aux angoisses du monde contemporain et contribue plus à fonder de nouveaux équilibres qu’à accentuer des replis identitaires ?

