Identités culturelles
Fractionnée en communautés bien distinctes que l’histoire a opposées, la Nouvelle-Calédonie demeure confrontée à l’incertitude d’une coexistence pacifique des groupes culturels. Croisant des points de vue qui s’expriment habituellement de manière séparée, l’enquête par entretiens, menée à Nouméa et dans le Grand Nouméa, renvoie une image de la manière dont les habitants défendent leurs appartenances culturelles, perçoivent celle des autres, expriment leurs convergences et divergences. L’ouvrage explore ainsi les effets de l’accord de Nouméa de 1998 dans les représentations du « vivre ensemble » : qu’en est-il aujourd’hui de cette « identité » et de cette « citoyenneté » néo-calédoniennes appelées à dépasser le clivage entre indépendance kanak et loyauté envers l’Etat français ?

Plan détaillé : voir la page http://bcarteron.perso.cegetel.net/

Commander l’ouvrage :

- chez l’éditeur : Editions L’Harmattan, 5-7 rue de l’Ecole Polytechnique, 750005 Paris, http://www.editions-harmattan.fr/index.asp

- à l’IPSA-UCO, 3 place André Leroy, BP 808 49008 Angers cedex 01 - tel (33) 2 41 81 66 00 – fax (33) 2 41 24 08 91 – mail : ipsa@uco.fr

- en librairie

es cours le 9 novembre 2007

Ethnologie

Anthropologie sociale

INSTITUT MUNICIPAL

9 rue du Musée

49100 ANGERS

(-02 41 05 38 80 - Fax. : 02 41 05 38 85 – courriel : institut.municipal@ville.angers.fr

www.angers.fr/institutmunicipal

Pour toute inscription, se présenter à l’Institut Municipal muni(e) de :

§ 1 Photo d’identité

§ 1 Pièce d’identité ou passeport

§ 1 Justificatif récent de domicile uniquement pour les habitants d’Angers


ETHNOLOGIE – ANTHROPOLOGIE SOCIALE :

Les techniques d’enquêtes orales et la méthode ethnographique

Samedi de 9h30 à 11h30

Pour s’initier aux méthodes de recherche, connaître les premières bases utiles à un travail d’ethnographe amateur et savoir comment le valoriser.

Le cours s’adresse à toute personne désireuse de rendre compte d’une expérience de vie au contact d’une culture, proche ou lointaine : comment la décrire, comment l’approfondir, comment la communiquer ?

Au travers la présentation des méthodes, les exemples apportés par les intervenants et les échanges autour des projets des participants, nous aborderons les questions de fond qui guident l’observation et l’écriture ethnographiques : visions des cultures et des différences culturelles, attrait pour l’autre, sens des changements, recherche de ses propres racines culturelles…

6 séances

18/10/2008

Introduction à l’ethnographie : qu’est-ce que l’ethnographie ? l’ethnographie dans les sciences humaines et sociales, que peut-on ethnographier ? Comment faire de l’ethnographie ? La part des connaissances préalables…

15/11/2008

L’enquête orale : les temps de l’enquête, la pratique de l’observation, les différents entretiens et les conditions spécifiques de l’entretien. A partir d’exemples tirés de contextes socio-culturels bien différenciés.

29/11/2008

L’observation participante : l’immersion prolongée pose les questions de l’intégration dans une communauté, d’un rôle à y tenir et d’une posture qui doit être sans cesse questionnée. Cette implication nécessite le choix d’informateurs et l’apprentissage des codes et de la langue de ce groupe socio-culturel.

13/12/2008

Observations et jeux d’échelle : Populations marginalisées dans la ville. L’exemple des Roms.

10/01/2009

L’écriture ethnographique : la tenue d’un journal, l’histoire de vie, expérience sensible ou description « objective », valorisation et diffusion des écrits.

24/01/2009

Restitution de travaux : Chaque participant sera invité à rendre compte d’une observation, d’un entretien

Benoît Carteron : ethnologue ; thèmes d’étude : relations de parenté, mémoire collective, identités culturelles, relations interculturelles ; terrains : monde rural, Nouvelle-Calédonie

Anne-Elène Delavigne : ethnologue ; thème d’étude : rapport à la nature et à l’animal, pratiques alimentaires, images ; terrains : Provence, Mauges, Danemark, Mali

Samuel Delépine : Géographe. thèmes et terrains d’étude : La ville, divisions sociales de l’espace et ségrégations sociospatiales, minorités et marginalisations, populations tsiganes, Roms de Roumanie.

Jean-ClaudeThiery , Ethnologue-formateur : thèmes d’étude : culture berbère, agriculture et montagne, rites profanes et religieux, activités pastorales, relations interculturelles (orient/occident) ; terrains : vallée du Beaufortain (Alpes françaises), vallée du Seksawa (Atlas marocain).

Tarifs

Angers : 189,60 €

Hors Angers : 221,40 €

Carte partenaire : 94,80 €

Texte paru dans la revue Les Cahiers des Mauges, Maison de Pays, Beaupréau (49), n°6, novembre 2006.

Il reprend quelques éléments d’une recherche sur l’Histoire orale du Musée des Métiers de Saint-Laurent-de-la-Plaine dans les Mauges (1970-2003)

Aller sur le site du musée : http://www.musee-metiers.fr/?lang=fr

Quand on pénètre dans la Cité des Métiers de Tradition, la première chose qui nous est donnée à voir est la vieille brouette de bois chargée d’outils. Un panonceau indique : « Il y a 30 ans le musée tenait dans cette brouette. Aujourd’hui 5000 m2 vous attendent ». La brouette, les outils : ce sont des symboles, ils ne renvoient pas seulement à ce qui se pratiquait auparavant, ils représentent un monde disparu mais qui a suscité un fort attachement à ses manières de vivre et à ses valeurs. C’est d’ailleurs toute la difficile ambition du musée de Saint-Laurent : donner à voir un mode de vie à travers une trace matérielle. Il est ce qu’on appelle aujourd’hui un « musée de civilisation », mais d’une civilisation disparue ou marginale dans un monde urbanisé. La mise en scène de ces objets anciens, les commentaires des accompagnateurs bénévoles, imprégnés de cette passion pour les métiers et la vie rurale passés, dans un cadre architectural, reconstitué, au diapason, a longtemps fait perdurer la magie. Mais, après une période d’expansion rapide et de rayonnement, le musée de Saint-Laurent a connu le même phénomène que ses homologues. La baisse de fréquentation est arrivée, accompagnant le désintérêt du plus grand nombre pour ces thématiques et l’essoufflement de la dynamique bénévole qui a porté l’initiative.

L’explicitation des ambitions et élans initiaux, ce que beaucoup appellent « l’âme » du musée, peut permettre de mieux comprendre son évolution et d’envisager un avenir qui puisse permettre de faire le lien entre ce qu’ont voulu les fondateurs, les exigences muséographiques et les attentes des visiteurs aujourd’hui.

Gens de métiers passionnés

La création du musée s’inscrit dans une époque, celle des années 60-70, marquée par de profondes mutations dans les pratiques artisanales et agricoles, à tel point qu’on pensait que beaucoup de métiers manuels allaient disparaître. L’idée de conserver les outils des métiers tels qu’ils se faisaient avant, a naturellement rassemblé des artisans, des ouvriers artisanaux et patrons de petites entreprises, tous ou presque habitant le bourg de Saint-Laurent. Selon Abel Delaunay, un des principaux fondateurs avec Victor Perrault et Pierre-Maurice Fardeau, tous ont approuvé spontanément l’initiative, tandis qu’une grande partie des habitants restait dans l’attente de voir « comment ça allait tourner ».

Les plus passionnés de ces ouvriers et artisans sont devenus la cheville ouvrière du musée, parmi une équipe comptant au départ 10 à 15 personnes. Ils étaient de la même génération, d’une même commune où leur famille est implantée depuis souvent plusieurs générations. Ils ont reçu une éducation commune structurée autour de la vie paroissiale, les activités du patronage, la transmission familiale d’un métier. Ils ont connu les mêmes évolutions, profondes, de la vie rurale à une période allant de l’avant Seconde Guerre mondiale aux décennies qui ont suivi.

L’esprit d’équipe et l’engagement bénévole collent particulièrement à ce groupe initial d’amis. Ils ont ainsi mis en œuvre dans le musée des habitudes de travail et de vie collective inspirées de leurs valeurs : sentiment d’une œuvre à accomplir, mise en commun des énergies, efforts physiques, journées sans horaires buttoir, solutions imaginées au fil des problèmes posés… Modèle qui s’est transmis dans le musée aux générations suivantes, mais de manière plus ponctuelle au fil du temps.

Soutien des institutions et du public

Premier projet de ce genre en Anjou où aucune initiative de sauvegarde n’existait encore, le musée s’est attiré rapidement la sympathie des institutions. Les frères Perrault étaient liés à Henri Enguehard, architecte des monuments de France qui, au sein du département de Maine-et-Loire a apporté les premiers chantiers de restauration de monuments historiques aux Ateliers Perrault. Henri Enguehard a tout de suite adhéré au projet. Victor Perrault rappelle ainsi la première réaction de l’architecte : « “C’est le rêve de ma vie. Je ne comprends pas comment personne l’a jamais fait !” Bon, ça tombait bien. ” Je vous aiderai le mieux que je pourrai”, c’est-à-dire, il a fait un rapport au Conseil général (…) Et puis j’ai été voir un Monsieur Esseul, qui était le président du Conseil général ».

Fernand Esseul, alors maire de la proche commune de La Pommeraye, a rapidement apporté son soutien, tout comme le directeur départemental du tourisme, « enchanté » après les premières expositions. Ces appuis se sont concrétisés par des subventions accordées avec facilité dans les 15 premières années du musée, tandis que deux présidents successifs du Conseil général et d’autres élus locaux étaient intégrés au conseil d’administration de l’association du musée.

Succès auprès des institutions, succès quasi immédiat aussi auprès du public. Dès les premières expositions, temporairement aménagées dans les locaux de la mairie, du théâtre et de la salle du foyer paroissial, les visiteurs sont venus en nombre. En 1970, deux ans seulement après que l’idée du musée ait émergé, les journaux locaux saluaient l’initiative comme une œuvre prometteuse. Chaque année, ils se sont ensuite fait le relais élogieux de l’entreprise et de ses nouveautés. C’est notamment par le biais de la presse que l’histoire du musée s’est muée en une légende des temps heureux du bénévolat, de la passion artisanale, des traditions qui traversent le temps, du dynamisme local, de l’histoire locale emprunte de dignité…

Chef d’entreprise, mais aussi artiste, issu d’un milieu modeste, mais influent et proche des décideurs, autoritaire et charismatique, mais sensible, Victor Perrault est devenu la figure centrale de cette légende, effaçant le revers d’une obstination contre tous et d’une fuite en avant dans ses projets qui ont fini par desservir le musée.

Les toutes premières collectes d’outils étaient locales. Puis, les propositions de dons, émanant notamment de visiteurs, associées aux contacts professionnels de Victor Perrault et Pierre-Maurice Fardeau, ont conduit à de véritables expéditions, de plus en plus lointaines, pour des objets de plus en plus volumineux. « Ça a fait tache d’huile parce que les gens de métiers qui voyaient leur profession s’écrouler jour après jour, alors étaient heureux de faire perpétuer l’outil de leur pain de chaque jour », explique Maurice Fardeau. Dans l’esprit du groupe d’alors, tous les objets sont bons à prendre, il serviront plus tard ou seront échangés.

Créée en 1970, sur les conseils de Henri Enguehard, « l’Association des amis des vieux métiers de l’Anjou » s’est adaptée à cette nouvelle envergure nationale. En 1975, elle est devenue tout simplement « Association des amis des vieux métiers ».

Le bénévolat a pris toute son ampleur dans les milliers de kilomètres parcourus, ponctués de rencontres et d’événements inattendus qui ont cimenté le groupe, ainsi que dans les milliers d’heures consacrées aux restaurations des objets. On peut y adjoindre la construction des bâtiments, accueillant des collections de plus en plus riches, pour laquelle une main-d’œuvre bénévole nombreuse a permis de mener à bien des travaux longs et coûteux.

Le poids des constructions

Après la rénovation, supervisée par Henri Enguehard, de l’ancien presbytère reconverti en premier bâtiment permanent du musée, les projets de constructions se sont succédés. Ils sont le fruit d’un plan global imaginé très tôt par Victor Perrault, mais dévoilé au fur et à mesure ; les passages et dispositifs prévus pour des extensions futures en témoignent.

L’idée directrice était de recréer le cadre d’un village du XVIIIe siècle. « Je suis parti dans l’idée de faire un style, indique Victor Perrault. Comme le presbytère était du XVIIe et du XVIIIe, il était d’à peu près la Révolution et bah, j’ai voulu faire un ensemble. J’aimais ça ».

Le XVIIIe siècle n’est pas anodin. Il représente dans cette région un monde rural harmonieux que 1789 est venu endommager. A quelques dizaines de kilomètres, le Parc à thème du Puy du Fou a également commencé à la fin des années 1980 par la reproduction d’un village du XVIIIe, animé de scènes de la vie quotidienne.

Victor Perrault a consacré une grande part de son énergie, et des budgets, aux constructions. Si on peut difficilement prétendre que la collecte des objets n’a été pour lui qu’un prétexte pour leur bâtir un abri, il n’en reste pas moins que c’est dans la construction des bâtiments qu’il a pu exercer son génie créatif, tout en faisant la démonstration au musée même d’un savoir-faire artisanal toujours bien vivant.

Ces bâtiments n’ont pas fait l’unanimité. S’ils contribuent à la beauté du site, ils constituent aussi un frein financier au détriment d’actions de conservation des outils et d’animation. Emaillés de conflits pour l’achat des terrains, de passages en force au niveau de la municipalité, ces projets ont aussi provoqué le retrait de bénévoles, découragés par la démesure, l’entreprise solitaire, les exigences de Victor Perrault, ainsi que l’arrivée incessante de nouveaux chantiers avant même d’avoir terminé les précédents. Evacuant toute réflexion qui engagerait le musée vers d’autres choix, Victor Perrault était persuadé que le bâti se suffisait à lui même pour rendre le musée attractif.

Un musée vivant ?

Par nature, le musée fige les objets. Il détache inexorablement l’outil des hommes qui les utilisent et les transforment au fil des évolutions techniques et des besoins. Selon la volonté exprimée par Pierre-Maurice Fardeau, le musée se voulait plutôt à ses débuts une « maison des vieux métiers », transmettant les savoir-faire, le feu de la passion, et, en arrière plan, la valeur et la beauté du geste puisé dans les racines ancestrales.

Le musée ne renvoyait donc pas seulement à un passé révolu, il pouvait être l’occasion de valoriser des métiers manuels et un artisanat toujours bien présent. Abel Delaunay s’est, comme d’autres artisans, plutôt investi dans les animations, en s’installant pour des démonstrations à l’atelier de forge recréé dans le musée, avec le souci de préserver et transmettre les gestes.

Ironie du sort, quand le nom du musée a été changé 20 ans plus tard en devenant « Cité des métiers de tradition », le nouveau terme, pourtant plus proche de l’idée d’un musée vivant a été le point de départ d’importantes dissensions au sein de l’association. Il faut dire que l’accentuation commerciale et touristique qui accompagnait ce changement face à la baisse des fréquentations a aussi été vécue comme un abandon de l’esprit initial.

La critique est facile, l’art plus difficile ! Gageons que l’association puisse, en s’appuyant sur (et en conservant aussi) les ambitions des fondateurs, redonner un nouveau souffle à ce musée.

Posted by: bcarteron | avril 28, 2008

La décohabitation - article Ouest France 08 avril 2008-2

 >Toute l’actualité du grand ouestMaine-et-Loire - mardi 08 avril 2008

Deux ethnologues enquêtent en pays choletais - Maine-et-Loire

mardi 08 avril 2008


« L'histoire peut nous être utile. Pour éviter d'idéaliser le passé.</P>

 

 

Anne-Hélène Delavigne et Benoît Carteron, vous faites partie du groupe de recherche ethnologique de l’Anjou. Vous venez de rassembler une vingtaine d’anciens, à la Maison de pays de Beaupréau, pour recueillir des témoignages. Une première ?

Oui, c’est une première. Nous avons déjà nos thèmes de recherche qui nous prennent beaucoup de temps. Plutôt que de nous lancer dans une nouvelle, nous avons rassemblé les gens, avec un partage autour du film documentaire Henriette, d’Armand Chartier, comme support à la parole.

Pourquoi avez-vous choisi le thème de la « décohabitation » dans le milieu rural, autrement dit la fin de la vie commune de plusieurs générations sous un même toit ?

C’est une façon de parler des bouleversements qu’a connu le monde agricole de l’après-guerre. Un modèle s’est mis en place, sur lequel on réfléchit encore aujourd’hui.

On prend du recul par rapport à la modernisation et aux choix qui ont été faits à l’époque. Maintenant, on en dénoncerait plutôt les excès, avec le caractère intensif, la dégradation des conditions de travail et de l’environnement…

Quels enseignements pouvez-vous tirer de tous ces témoignages, de ce flot de paroles ?

Nous en retirons quelques pistes. La décohabitation n’a pas été un but en soi. C’est un effet de l’évolution globale du milieu. La modernisation, l’augmentation des revenus, une meilleure productivité, tout cela a joué.

Le monde agricole avait enfin la possibilité de vivre comme les urbains, de sortir de cette image de « cul-terreux », de « ploucs », avec le même confort qu’en ville.

A l’époque, on s’occupait des anciens. On ne les abandonnait pas dans les maisons de retraite. Alors, cette décohabitation est-elle réellement un progrès ?

L’intérêt de revenir sur cette période, c’est d’évoquer les contraintes à vivre avec les anciens, à s’entendre au quotidien. Avec l’impossibilité de prendre des décisions de façon autonome, d’avoir son propre argent. Aujourd’hui, s’il fallait ramener les anciens à la maison, ils vivraient de façon plus séparée.

Si on y revient, il faudra trouver d’autres formes, pour préserver la liberté des uns et des autres. C’est en cela que l’histoire peut nous être utile. Pour éviter d’idéaliser le passé et de penser qu’on a des solutions miracles.

 

J.-M. H.

http://www.ouest-france.fr/2008/04/08/maine-et-loire/Deux-ethnologues-enquetent-en-pays-choletais–53425552.html

Posted by: bcarteron | avril 28, 2008

La décohabitation - article Ouest France 08 avril 2008

>Toute l’actualité du grand ouestMaine-et-Loire - mardi 08 avril 2008

« Chacun sa soupe, comme on disait ! » - Maine-et-Loire

mardi 08 avril 2008


Marie-Louise Mary a témoigné, comme une vingtaine d'anciens réunis récemment à Beaupréau, des conditions de vie lorsque plusieurs générations vivaient sous un même toit. « Les jeunes souffraient du manque d'intimité. Et avec la belle-mère, ça se passait rarement bien... » </P>

 

Deux ethnologues angevins ont rassemblé une vingtaine d’anciens, à Beaupréau.

Pour qu’ils témoignent de l’époque où les générations vivaient sous un même toit.

Le regard toujours vif, l’ouïe encore fine, la parole plus libre que jamais, Marie-Louise Mary affiche ses 88 printemps avec beaucoup d’élégance.

Pas question pour elle de rater la réunion de Beaupréau, organisée par deux ethnologues angevins, sur la cohabitation entre jeunes et anciens, dans les années 1950, puis la fameuse décohabitation.

« Il y avait une ferme, à 500 m de chez nous, à Saint-Rémy-en-Mauges, où vivait un couple avec six enfants dont un, déjà marié. Le jeune ménage vivait dans la laiterie ! » Dans les conditions précaires qu’on imagine.

À l’époque, voici cinquante ans, il s’agissait d’un usage ancestral : « Les enfants devaient loger, soigner et entourer leurs parents. » Marie-Louise relève aussi le manque de moyens, de logements.

Ah, les belles-mères…

Résultat : les générations, abritées sous un même toit, devaient s’entendre.

« Les jeunes souffraient du manque d’intimité. Dans les fermes, le personnel vivait avec les familles, partageant les repas et les chambres. Imaginez la jeune mariée, ses relations avec sa belle-mère, le déchirement du mari entre ces deux femmesBeaucoup de souffrances. »

La vie au quotidien s’avérait loin d’être rose.

« Moi, j’ai eu la chance d’être avec mes parents. Nous avions deux fermes et des logements à disposition. Nous étions à l’aise, avec nos six enfants, en bénéficiant d’une relative liberté », reconnaît Marie-Louise. Une exception dans les Mauges.

Jusqu’à cette fameuse décohabitation. « La prise de conscience s’est faite à travers la Jac, la Jeunesse agricole chrétienne, qui prônait un foyer heureux, épanoui. À l’époque, on disait : chacun sa soupe ! Ce qui voulait dire : chacun chez soi ! »

Vive la modernisation

Un mouvement de fond rendu possible grâce aux progrès de l’agriculture. Et à l’évolution des mentalités. Marie-Louise n’est pas en reste. Elle milite à la Jac : « Ça m’a ouvert les yeux et le coeur. »

Elle participe à la création d’un centre d’étude des techniques agricoles. Elle s’engage dans la commission féminine de la FNSEA, le syndicat agricole, dès 1957 : « Je devais créer des antennes départementales. J’étais chargée de tout l’Ouest. »

Grâce à la formation, la mécanisation et la spécialisation, les moyens financiers s’accroissent. « Je me suis rendue compte, grâce à la comptabilité, qu’il valait mieux vendre le lait que fabriquer le beurre. C’est ce qui nous a permis d’entreprendre les travaux de la maison. »

Le confort moderne pénètre enfin dans les fermes. Les premières cuisines en formica font un malheur… Depuis, les temps ont bien changé. Marie-Louise veut rester le plus longtemps possible dans sa petite maison. Pas question, pour elle, de devenir une charge pour ses enfants.

« Ils travaillent tous, ils n’auraient pas le temps. Mais ils viennent me voir. » Elle songe à ses parents : « Je les ai soignés jusqu’au bout. Mais c’était différent. La vie a changé. » Elle ne le regrette pas. Bien au contraire.

 Jean-Michel HANSEN.

http://www.ouest-france.fr/2008/04/08/maine-et-loire/-Chacun-sa-soupe-comme-on-disait–53425551.html

Le jeudi 03 avril 2008, Maison de Pays, Beaupréau (49) 

Projection-discussion autour des thèmes de la « décohabitation » et de l’implication des femmes dans la modernisation de l’exploitation agricole des années 1950-1970, à partir du film-documentaire d’Armand Chartier : « Henriette » (1970)

Organisée par Anne-Elène Delavigne et Benoît Carteron

Peu de recherches ont été menées sur cette phase souvent difficile qu’a été la séparation de l’habitat des jeunes couples mariés de celui de leurs parents et beaux-parents. Disposer de son propre foyer, détenir l’autorité sur l’exploitation, y prendre toute leur place pour les femmes, ont été des conditions souvent indispensables à la modernisation des exploitations et de la maison rurale.

Nous vous proposerons d’échanger sur ces aspects de la vie rurale pour lesquels les témoignages oraux font particulièrement défaut. En fonction des éléments évoqués et des suggestions des participants, nous réfléchirons également aux prolongements possibles de cette première rencontre pour une collecte plus approfondie de mémoire collective.

Armand Chartier a réalisé dans la période de l’après-guerre une série de films offrant une image du progrès tel qu’il était représenté à l’époque à destination notamment des femmes d’agriculteurs. Il est aussi, en tant que Armand Deleule, le directeur du Service Cinématographique du Ministère de l’Agriculture (SCMA) dont les objectif sont, dans l’après-guerre, d’accompagner la modernisation et l’industrialisation du secteur agricole.

Le film « Henriette » date de 1970 et dure 26 minutes. Il fait partie d’une série de treize portraits de femmes qui racontent, sur le ton de la confidence, leur quotidien sur une exploitation. Henriette est agricultrice. On la suit dans ses activités journalières, à la traite ou à la cuisine, dans des scènes du quotidien familial en compagnie de son mari ou de ses enfants. Elle parle en voix off de ses petits plaisirs et de ses aspirations au bonheur en même temps qu’elle se remémore ses rêves et les difficultés d’installation qu’elle a connues pour s’imposer face à ses beaux-parents.

Entrée gratuite, inscription par mail (benoit.carteron@uco.fr) ou courrier postal : B Carteron / AE Delavigne – IPSA-UCO – 3, place André Leroy, BP 10808, 49008 Angers cedex 01

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